Brûler une bibliothèque, c’est assassiner l’avenir

Article : Brûler une bibliothèque, c’est assassiner l’avenir
24 octobre 2020

Brûler une bibliothèque, c’est assassiner l’avenir

Les actes de barbarie en Ayiti, parrainés par le pouvoir Tèt Kale, sont devenus monnaies courantes ces derniers temps. Massacres, fédération de gangs armés, assassinats, brutalités policières à l’encontre de manifestants pacifiques, d’élèves réclamant de meilleures conditions d’apprentissage, entre autres. Je dénonce, dans ce billet, le projet épistémicide des Tèt Kale.

L’État d’Ayiti n’arrête pas ses politiques démophagiques. Il continue de tuer le peuple, de massacrer, d’assassiner. Les derniers en date sont évidemment l’assassinat de l’étudiant Gregory Saint-Hilaire par les forces de sécurité du président, selon les témoins ; et du bâtonnier Monferrier Dorval à quelques mètres de la résidence privée du président. Des crimes odieux que nous condamnons de toutes nos forces et exigeons justice.

Le pouvoir en place s’attaque à toutes les institutions de la République : l’université, le barreau de l’ordre des avocats, la Constitution, l’école, le parlement… La liste est longue. Et la courbe est encore ascendante.

« Pourquoi brûler une bibliothèque ?« 

C’est la question que le sociologue Denis Merklen s’est posé. Pour y répondre, il a mené une longue enquête à Seine-Saint-Denis, entre 2006 et 2011. Il a interrogé les responsables de bibliothèque, les édiles, des usagers, etc., pour comprendre comment peut-on brûler des espaces publics à vocation éducative et culturelle.

Son hypothèse peut être ainsi résumée :

« C’est parce qu’elles sont situées au cœur d’un espace conflictuel que les bibliothèques ‘se révèlent comme une institution éminemment politique' ».

Le sociologue pointe du doigt, notamment, « la relation à la culture de l’écrit, qui semble opérer le clivage dont les bibliothèques subissent, à leur corps défendant, les conséquences néfastes, l’écrit étant perçu comme un apanage du pouvoir et de l’administration et non comme un vecteur d’émancipation » souligne-t-il à France Culture.

Les bibliothèques en Ayiti, arme de combat

En Ayiti, les bibliothèques sont souvent animées par les militants politiques ou associatifs. D’ailleurs, une grande partie des biblios du pays, sont fondées à l’initiative d’asso et de fondation. Ce qui fait d’elles, a priori, des espaces de conscientisation, de mobilisation, à travers les programmes qu’elles présentent.

« Étudiante dans une bibliothèque » by CampusFrance (via Flickr)

En effet, elles représentent des menaces pour les dirigeants rétrogrades. Les pouvoirs obscurantistes font la guerre à tous ceux et toutes celles qui s’approchent de la lumière. Par conséquent, la culture et l’éducation ne sont pas les priorités, s’ils en ont (je doute).

Pour cause, la ville du Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, vient de fêter ses 350 ans… Sans une bibliothèque, sans un musée ou une salle de spectacle digne de ce nom.

Pourquoi brûler la biblio de l’ENS ?

Le sociologue Denis Merklen aide, à travers son livre, à comprendre pourquoi les individus peuvent brûler une bibliothèque. Mais comment expliquer ce phénomène quand l’État est à la barre ?

Dans la nuit du 2 et 3 octobre, la biblio de l’ENS a été brûlée. Les étudiants pointent du doigt les agents de police, qui s’occupe de la sécurité du Palais National (USGPN). Par analogie, les étudiants accusent le pouvoir.

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Une bibliothèque détruite par les Tèt Kale ? Le contraire serait très étonnant… De fait, depuis l’accession de ce régime corrompu au pouvoir, l’éducation n’a jamais été une priorité. Au contraire, le budget des universités publiques sont considérablement baissé, des intellectuels assassinés… Bref, les Tèt Kale organisent une épistémicide.

L’une des principales poches de résistance est l’ENS. Depuis des années, les étudiants luttent pour le respect d’un protocole d’accords signés entre l’institution et le Ministère de l’Éducation. Le protocole garantit des stages académiques, puis la nomination des étudiants dans les lycées du pays.

Ainsi, tous les week-ends, les étudiants manifestent devant leurs locaux, qui se situent au voisinage du Palais National. Ils manifestent pour l’Éducation, la valorisation de la connaissance, un meilleur traitement de l’Université. Ceci ne plaît pas du tout le régime épistémophobe. Alors…

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