Covid-19 Ayiti : Plus de mal que de peur

Article : Covid-19 Ayiti : Plus de mal que de peur
7 juin 2020

Covid-19 Ayiti : Plus de mal que de peur

« Comment avoir peur quand le danger est annoncé par des menteurs ? » se demande Asefi. Plus de deux mois après l’annonce de la présence de la Covid-19 en Ayiti, une grande partie de la population, comme cette ado de 16 ans, peine à « croire au coronavirus ». Selon elle, le gouvernement ment !

Les danseurs et porteurs de cercueils ghanéens se sont déjà installés en Ayiti. Le pays compte plus de 3 000 cas confirmés de Covid-19 et 50 morts ( selon de Ministère de la Santé Puplique et de la Population en Ayiti -MSPP – 7 juin). L’impact de la pandémie est largement sous-estimé, selon les spécialistes.

[Dancing Pallbearers : un groupe de danseurs et porteurs de cercueils ghanéens en dessin animé. Credit Gif : Giphy]

Déjà, la pandémie semble n’être plus sous contrôle. Il pourrait y avoir une « épidémie silencieuse » en Ayiti, pour reprendre l’expression de l’OMS en parlant du cas de l’Afrique. Dans plusieurs régions du pays, les habitants sont frappés par une « épidémie de fièvre », dit-ils. Ils refusent d’aller à l’hôpital pour se faire tester par les autorités sanitaires. 

Selon Dr Lauré Adrien, directeur général du MSPP :

« Il n’y a pas une épidémie de fièvre, mais une épidémie de Covid-19. […] Dès que la personne présente de la fièvre on lui conseille ipso facto la quarantaine ».

Plus peur de l’État que du virus

En tout cas, le gouvernement peine à convaincre la population. Nombreux sont ceux qui estiment que la pandémie de Covid-19 est une stratégie utilisée par le gouvernement pour faire du fric et arnaquer la population.

« Pendant cette période, quelque soit les symptômes qu’on a, on ne peut pas aller à l’hôpital. On risque de se faire hospitaliser pour coronavirus. J’ai plus peur de l’État que du virus ».

Asefi, 16 ans, Cap-Haïtien

Asefi a quasiment tous les symptômes de la Covid-19. Pourtant, elle n’a peur de rien. Du moins, visiblement. Elle ne porte pas de masque. Elle est certaine, comme ses parents, de n’avoir encouru aucun risque.

En effet, c’est le cas d’une grande partie de la population. Beaucoup préfèrent se livrer à la médecine traditionnelle, les doktè fèy, qu’aux autorités sanitaires. Pourtant, les soins offerts par l’État sont totalement gratuits. 

Crise de confiance

Le problème peut être expliqué par la prééminence du mensonge dans le champ politique haïtien. C’est, de fait, l’un des éléments caractéristique du Régime Tèt Kale. D’ailleurs, le président Jovenel Moïse est réputé pour être un grand menteur. Cette perception des politiques actuels ne joue pas en faveur de la lutte contre la pandémie.

Dans La Crise de la culture, Hannah Arendt reconnait que :

« Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes du métier de politicien ou de démagogue, mais aussi de celui d’homme d’État ».

En contrepartie, Xavier Bouchereau souligne que le mensonge connaît quelques bénéfices, il permet d’esquiver la vérité, mais il entraîne aussi de fâcheuses conséquences quand la vérité le rattrape.

[Les gens s’assoient dans un tap-tap pendant qu’une passagère porte un masque pour se protéger de la propagation du nouveau coronavirus à Port-au-Prince, Haïti, le lundi 23 mars 2020. La grande majorité des gens se remettent du COVID-19 maladie. Credit Photo : Dieu Nalio Chery/AP (autorisation de l’auteur)]

Donc, on peut déduire que le déni du peuple ayitien face à la Covid-19 est une conséquence de la culture du mensonge qui caractérise le régime actuel. Les réactions de certains internautes l’expriment clairement.

Au final, la sensibilisation de la population et le respect des gestes barrières laissent à désirer. Pour plus d’un, la Covid-19 n’est qu’une farce. Pourtant, les chiffres augmentent. Le virus circule comme une traînée de poudre.

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Commentaires

Jameson
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Effectivement, la culture du mensonge dérange grandement. Et voilà les conséquences. Il faut vraiment qu'on fasse quelque chose.